9 juillet 2020

Bullshit jobs : comment les éviter ?

carrière sens au travail

Depuis plusieurs années, le job « à la con » prospère et se multiplie. Tel un blason, on l’identifie par des titres à rallonge, à l’image d’un « vice-président coordinateur en communication stratégique ». Mais loin de vendre du rêve, ce genre de poste n’est qu’un artifice pour cacher le fait que ce métier… n’a tout simplement pas de sens.

Emile Durkheim l’avait d’ailleurs prédit : la perte de normes et de repères sera le prochain mal de notre siècle. Et cela se traduit jusqu’au monde du travail. Popularisé par David Graeber en 2013, le phénomène des « bullshit jobs » grandit et montre que les métiers vides de sens constituent désormais un phénomène social majeur. Pour les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail et veulent exercer une activité qui les passionne, on parle même de crise de sens.

À l’ère des “jobs à la con”, comment éviter ces métiers absurdes et inutiles ? Comment les identifier ?

Bullshit job : ou l’art d’occuper un job “à la con”

Cela vous semble peut-être difficile à croire, mais les bullshit jobs sont partout. Il y a d’ailleurs des chances que vous soyez entouré par un proche effectuant ce genre de métier, ou que ce soit votre cas. Pour le définir de manière simple, le job à la con est un emploi sans intérêt, sans utilité sociale, où le salarié lui-même ne lui trouve aucun sens. Ce type de travail est souvent contre-productif, et pourrait d’ailleurs disparaître sans que cela ne change rien (ou presque) dans l’entreprise.

À ne pas confondre avec ces métiers dont la société a besoin, mais qu’elle ne reconnaît pas à sa juste valeur. Si les éboueurs, infirmiers, professeurs d’école, sont nos héros du quotidien, c’est moins le cas d’un “producteur d’expérience mondiale pour les médias autochtones et la recherche pour l’avancée des millenials”.

Vous n’avez rien compris ? Nous non plus. Pourtant, ce genre d’intitulé de poste qui ne veut rien dire est désormais légion dans certains secteurs. Si cela n’existait pas auparavant (du moins, pas aussi couramment), l’essor de l’économie de services, des progrès technologiques et du développement du secteur de l’information a rendu cela possible. En inventant des produits inutiles, on crée forcément des métiers qui n’ont pas de sens.

Il existe d’ailleurs plusieurs familles de bullshit jobs. Sauriez-vous reconnaître certains métiers ?

  • Le larbin : c’est celui qui ne sert qu’à mettre en avant d’autres personnes et à flatter leur ego. On pourrait l’appeler le flagorneur, ou le laquais de l’ombre… À l’image d’un portier chargé d’appuyer sur un bouton d’ouverture pour que les résidents n’aient pas à le faire eux-mêmes.
  • Le rafistoleur : il passe ses journées à réparer les erreurs des autres et à régler des problèmes qui ne devraient pas exister.
  • Le porte-flingue : un métier qui n’existe que par mimétisme. Comme le lobbyiste ou l’avocat d’entreprise, qui n’est embauché que parce que l’entreprise d’à côté en a un.
  • Le cocheur de case : celui qui permet de faire croire que l’entreprise fait quelque chose, alors qu’en réalité, elle ne fait rien. Par exemple, le consultant chargé d’établir des rapports qui ne seront lus par personne.
  • Le petit chef : il délègue des tâches qui pourraient très bien être effectuées sans lui, à condition que ses subalternes aient un peu plus d’autonomie.

L’impact néfaste de ces jobs… d’enfer

Que l’on ait conscience, ou non, d’exercer un bullshit job, l’impact de ce dernier sur le mental est pourtant important. Plus qu’un simple mal-être au travail, avoir un métier avec des missions vides de sens entraîne une baisse de confiance en soi, du désespoir, et sur le long terme, de l’anxiété, voire de la dépression.

La raison ? Le bullshit job est une expérience mal vécue, qui donne le sentiment d’être inutile et de régresser. Dans le pire des cas, vous exercez même un métier qui va à l’encontre de vos valeurs, de ce que vous êtes. Un télévendeur qui vend toute la journée des produits dont lui-même sait qu’ils n’ont aucune utilité aura l’impression de faire un travail oppressif et manipulateur.

Les conséquences d’un bullshit job peuvent se qualifier d’une autre manière : « le brown-out ». À l’image du très connu burn-out, cette maladie professionnelle existe lorsque le salarié ne comprend pas, ou plus, son travail.

Un phénomène ricochet, car un travailleur malheureux est un travailleur stressé, frustré, voire agressif envers ses collaborateurs. Il en vient souvent à envier les autres, qui ont des emplois porteurs de valeurs.

La mauvaise nouvelle, c’est que les bullshit jobs sont partout et que vous n’avez peut-être pas conscience d’avoir un tel métier. La bonne, c’est que vous pouvez désormais le reconnaître et vous en libérer.

Les questions à se poser pour éviter le bullshit job

Pour savoir si vous êtes vous-même dans une situation de bullshit job, voici quelques questions à vous poser :

  • Mon travail apporte-t-il quoique ce soit à la société ? Y aurait-il une différence s’il disparaissait ?
    On ne vous demande pas d’éteindre des incendies, mais si vous passez la journée à faire des réunions…
  • Est-ce que mon métier est concret ? Est-ce que je peux le présenter clairement ?
    Si vos amis vous demandent encore « j’ai pas compris, tu fais quoi au juste ? », vous pouvez avoir des doutes.
  • Est-ce que mon travail est compatible avec mes valeurs personnelles ? Est-ce que je m’épanouis dans ce que je fais ?
    Si vous gagnez plus de satisfaction à finir votre vaisselle qu’à terminer une tâche au travail, réfléchissez-y.
  • Est-ce que mes collègues exercent des bullshits jobs ?
    Si oui, c’est sûrement votre cas aussi.

Et si toutes ces questions vous donnent le tournis, répondez simplement à celle-ci : « est-ce que ce job me rend heureux ? ». Si vous vous sentez déprimé le soir après avoir fait semblant de prendre des notes à une réunion, ou si vous passez des heures à répondre à une série infinie de mails, alors peut-être qu’au fond, vous ne trouvez pas de sens à votre travail. C’est ce que David Graeber appelle d’ailleurs « la souffrance spirituelle ». Quel que soit votre métier, avoir des missions porteuses de valeurs est la garantie de pouvoir s’épanouir et de s’accomplir pleinement dans votre vie professionnelle, et par extension, dans votre vie personnelle.